Avis d’expert - Pierre Weil (ingénieur agronome et président de l’association Bleu-Blanc-Coeur)


"Pour piloter notre organisme, nous sommes 100% dépendants de notre nourriture et donc de notre environnement".

Extrait de l’interview

[…] Trait d’Union : Pourquoi est-il si important de bénéficier d’un ratio oméga 6/oméga 3 équilibré ?

Pierre Weil : Les ANC précisent au chapitre « lipides » l’importance de ce ratio dans la régulation de quasi toutes les grandes fonctions : agrégation plaquettaire, inflammation, reproduction, lipidémie… au travers de leur rôle de précurseurs des biens nommés « médiateurs cellulaires » (prostaglandines, thromboxanes, leucotriènes), mais aussi dans la composition des membranes cellulaires notamment dans des tissus « sensibles » (cœur, cerveau…). Or ces acides gras oméga 6 et oméga 3 qui agissent toujours de concert et le plus souvent de façon antagoniste (comme le frein et l’accélérateur pilotent la même voiture) ne peuvent pas être synthétisés par l’homme. Pour « piloter » notre organisme, nous sommes 100% dépendants de notre nourriture et donc de notre environnement !

TdU : Comment en sommes-nous venus aujourd’hui à un tel déséquilibre d’apports entre oméga 3 et oméga 6 dans notre alimentation ?

PW : En 40 ans, le ratio entre oméga 6 et oméga 3 est passé de 5 à 20. De nombreuses données (enquêtes alimentaires composition du tissu adipeux, du lait maternel) en témoignent. Vu ce que nous venons de dire sur le rôle du ratio, une telle dérive ne peut pas être sans conséquences en matière de santé publique. La bonne question, ce n’est pas « Quel effet ? », c’est « Pourquoi n’en parle t-on pas plus ? ».

Quand le lait maternel des femmes américaines passe en 40 ans d’un ratio de 5 à un ratio de 22(2), alors que rien ne devrait être plus immuable que la composition de ce lait, c’est que l’environnement a changé… en profondeur. C’est bien dans les champs et dans les prés, dans les auges ou dans les piscicultures que les oméga 3 ne poussent plus.

Les omega 3 sont des lipides de structure des végétaux : 70% des acides gras de l’herbe ou des algues, alors que les oméga 6 sont des lipides de réserve des végétaux (à l’exception notable de la graine de lin… qui fut longtemps un élément de base de l’alimentation animale).

Lorsque les huiles végétales deviennent massivement des huiles de soja, tournesol, palme et entrent dans la composition de tous les produits industriels, lorsque le maïs et le soja deviennent le « fast feed » plat unique de tous les animaux de la planète, lorsque les vaches abandonnent l’herbe pour passer « au maïs », (les lipides laitiers constituent le tiers environ des lipides de l’alimentation humaine)… Alors, le ratio oméga 6/oméga 3 explose, et nos corps disjonctent.

Les modifications imposées à notre environnement ont bien des conséquences dans chaque cellule de notre corps via la composition des membranes, et via les médiateurs cellulaires. Quand les forêts amazoniennes disparaissent au profit des plantations de palme et de soja, quand les prairies disparaissent au profit du maïs, c’est notre corps qui paiera les pots cassés…

TdU : Cette situation est-elle réversible ?

PW : Oui, bien sûr. Nous avons prouvé que les solutions existent, mais il faut une volonté politique, et c’est en train de venir. Si les agriculteurs étaient rémunérés en fonction de la qualité nutritionnelle de leur produit et non en fonction de la seule quantité, les choses changeraient vite. Aujourd’hui, plus le lait est « mauvais » et « riche en graisses saturées » et plus il est payé… C’est triste, mais c’est tellement navrant, que ça ne peut que changer !

TdU : Que pouvons-nous faire, au quotidien, pour améliorer notre statut en oméga 3 ?

PW : Il y a bien sûr toute une batterie de solutions. Pour les cardiologues et leurs patients, la prise de compléments alimentaires (huiles de poisson ou graines de lin cuites) est une excellente solution curative.

Si l’on peut s’intéresser aussi à la prévention, des solutions de long terme existent : Bleu- Blanc-Cœur bien sûr, mais aussi des pratiques aussi simples que le choix de 2 huiles : Olive pour la cuisson et Colza pour l’assaisonnement dans sa cuisine.

Les graines de lin cuites peuvent être une source efficace et concentrée. Enfin le poisson n’est certes pas à négliger, même si d’autres arguments plus « écologiques » s’opposent à la surpêche pratiquée aux fins de fournir à l’aquaculture des farines de poisson.

TdU : Avez-vous l’impression que votre message est bien relayé au niveau de la population et que les gens ont conscience de l’importance des oméga 3 pour leur santé ?

PW : Je crois que les effets des oméga 3 sur la santé cardiovasculaire sont reconnus. En prévention, ça vient, mais nous avons besoin d’un relais « officiel » car les consommateurs rejettent majoritairement les « allégations nutritionnelles » et ne comprennent pas « comment ils ont mis l’oméga 3 dans l’œuf sans faire de trous ». La reconnaissance de la démarche par l’État au travers de la charte d’engagement spécifique BBC (http://www.sante.gouv.fr/htm/pointsur/nu¬trition/actions8.htm) est un atout très fort, et les discussions en cours autour d’un signe officiel de qualité (type AB ou label rouge) pour les produits issus d’une agriculture à vocation santé nous rendent très optimistes à moyen terme. […]

 

Retrouver l’interview de Pierre Veil dans son intégralité dans le Trait d’Union n°17 – « Oméga 3 - Comment leur redonner la place qu’ils méritent dans nos assiettes ? »

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