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Interview de Denis Riché (Diététicien du sport)
Handballeur de haut niveau, puis fervent adepte de course en montagne, Denis RICHÉ, 48 ans, membre fondateur de la revue Sport et Vie dont il est adjoint à la rédaction, est devenu depuis une quinzaine d’année une référence incontournable en matière de nutrition sportive.
L’équipe Cofidis a donc tout naturellement fait appel à Denis Riché pour mettre en place avec chacun des coureurs un programme alimentaire personnalisé.
Jérôme Lambert : Bonjour Monsieur RICHE, depuis quelques mois, vous êtes en étroite collaboration avec l’équipe Cofidis. En quoi consiste précisément votre travail au sein de l’équipe ?
Denis Riché : Ce travail, mené en collaboration avec les deux médecins de l’équipe, et à leur initiative, s’inscrit dans une longue réflexion. Comment donner aux jeunes Français les moyens d’optimiser leurs performances sans porter atteinte à leur état de santé ni recours à des substances interdites ?
Notre réflexion était la suivante : peut-on identifier des facteurs limitants qui empêcheraient la pleine expression de leur potentiel, un peu comme un véhicule dont on ne toucherait jamais à la 5ème ?
Avec mon collègue et ami Didier Chos nous avons réfléchi à une modélisation biologique, c’est-à-dire à la mise en place d’un certain nombre de marqueurs sanguins qui nous révèleraient des anomalies éventuelles, en relation à la fois avec les charges de travail subies, le capital génétique des coureurs et leurs apports alimentaires. On regardait ainsi certains marqueurs de l’inflammation, de l’impact chronique des radicaux libres, de la casse des globules rouges (et donc indirectement du statut en acides gras) et certains « mouchards » révélateurs de l’adéquation des apports nutritionnels, comme la ferritine, le sélénium ou le coenzyme Q 10. On confrontait ces marqueurs à d’autres informations (recueil de troubles fonctionnels répertoriés sur des questionnaires et habitudes alimentaires). En quelque sorte, les questionnaires aidaient à mener l’enquête policière, alors que la biologie correspondait à l’intervention de la police scientifique. D’entrée de jeu, on a relevé l’existence de nombreuses perturbations, comme avec une inflammation « à bas bruit » présente chez 60% des coureurs au moment de la reprise, une forte destruction des globules rouges (encore présente malgré la trêve) ou d’innombrables déficits en une molécule peu dosée jusque alors, le coenzyme Q10.
Cette dernière perturbation, aussi étonnante que les précédentes suggérait, entre autres hypothèses, des apports énergétiques insuffisants en cours d’activité. Sur la base de ces données, des habitudes alimentaires, des goûts, des calendriers et des objectifs de chacun, nous avons proposé des programmes de diététique et de complémentation individualisés, réactualisés et réajustés au fil du temps, en tenant compte des pliantes éventuellement apparues en cours de saison.
J.L : Comment se déroulent les suivis individuels au cours de la saison ?
D.R. : Le premier entretien collectif s’est fait lors du stage de reprise début décembre, au cours duquel le bilan biologique initial était réalisé. Le retour des résultats, confrontés aux questionnaires, a abouti à l’envoi de protocoles individualisés vers la mi-décembre. Une nouvelle série d’entretiens individualisés a eu lieu lors du second stage fin janvier, et par la suite, régulièrement, à l’occasion de passages sur les épreuves mais surtout des échanges quasi quotidiens par téléphone ou mails avec le staff et certains coureurs, on parvient à ajuster très vite les protocoles.
La diligence est une nécessité, comme lorsqu’il s’agit de corriger l’état de fatigue latent d’un équipier, avant le départ du Giro, d’intervenir sur une gastro-entérite ou, comme ce fut malheureusement le cas, ici, d’accompagner certains coureurs au cours de pathologies plus sévères. L’un des membres de l’équipe est en effet revenu du Tour du Gabon avec des problèmes digestifs dont il est apparu, finalement qu’il s’agissait d’une maladie de Crohn, grave pathologie inflammatoire lésant gravement le tube digestif. Son bilan préalable avait certes suggéré l’existence d’un terrain inflammatoire et immunitaire perturbé, mais rien ne le laissait présager, cependant, une telle maladie. Notre expérience dans le domaine des « MICI » (Maladies Inflammatoires Chroniques de l’Intestin) et de l’usage des probiotiques a, en cette occasion, trouvé un champ d’application.
Il s’est aussi agi de valider les petits déjeuners, les ravitaillements, les collations d’après-course. Il est encore prévu de venir sur le stage de préparation au Tour et de se rendre régulièrement sur les épreuves tout au long de la saison, plus pour garder le contact visuel et offrir le cadre d’échanges informels que pour ajuster les programmes, ceci se faisant à distance des épreuves grâce à l’aptitude des coureurs à échanger autant que possible par les moyens actuels de communication.
J.L : Sans citer qui que soit, avez-vous constaté certaines mauvaises habitudes alimentaires chez nos coureurs cyclistes ?
D.R. : Ces coureurs sont exemplaires, sur bien des plans. La plupart de leurs choix alimentaires allaient dans le sens des recommandations des nutritionnistes depuis des années : Beaucoup de fruits et légumes, une diversité de produits céréaliers, une modération à l’encontre des laitages, plus de soja et de légumes secs. Il existait cependant quelques lacunes qui, répétées dans le temps, finissaient par conduire à d’authentiques perturbations.
Notamment l’insuffisance des apports énergétiques à l’effort (à l’entraînement surtout) et en récupération, l’apport trop faible de protéines au petit déjeuner, une ration lipidique perfectible. Il existait aussi une tendance à se restreindre sévèrement les jours de repos alors que, de mon point de vue, c’est une pause à la station service entre deux journées d’efforts soutenus.
Il ne doit pas exister de différence franche, sur le plan énergétique ou qualitatif, entre une journée normale de vélo et les rares fois où ils ne roulent pas. Il faut déculpabiliser les coureurs d’écouter leur faim et leurs corps. Ils auraient tendance à être inutilement sévères avec eux-mêmes en certaines occasions. Le niveau intellectuel de la plupart des membres de cette équipe autorise également à faire de la pédagogie et à échanger des informations relativement pointues, qu’ils s’approprient pour en faire un plus. Les résultats de cette saison plaident d’ailleurs en faveur de cette démarche.
J.L : Vous avez par ailleurs travaillé avec d’autres sportifs professionnels, dans d’autres univers, avez-vous constaté des spécificités dans l’équipe Cofidis ?
D.R. : Le caractère pointilleux, méticuleux et sérieux de l’ensemble des équipiers est une situation jamais rencontrée par ailleurs en 20 ans d’activité dans le milieu sportif. Aucun ne freine ni ne manifeste réticence ou désintérêt. Ce qui est également caractéristique c’est que, pour la première fois, on a la possibilité d’aller au bout de la démarche qu’on rêvait de pouvoir appliquer un jour. De surcroît, avec la poursuite de Cofidis pour deux années supplémentaires dans le vélo, on va pouvoir travailler sur le long terme. Une poignée de main et la parole donnée d’Eric Boyer et du staff ont suffi à sceller cet accord souhaité par tous.
J.L : Enfin pour terminer, avez-vous des conseils importants à donner aux sportifs amateurs qui nous supportent ?
D.R. La diversité alimentaire, l’acceptation des graisses de qualité (huiles d’olive et de colza, poissons gras, filière « Bleu Blanc Cœur »), la prise systématique de boissons à l’effort (le sirop dans l’eau, c’était au siècle dernier !), les collations de récupération, la place accordée aux fruits, aux légumes, aux fruits secs, aux fruits oléagineux et aux légumes secs garantissent à notre organisme de recevoir plus facilement l’ensemble des molécules dont il a besoin. Pas moins de 40 aliments différents par semaine, c’est le credo à transmettre aux jeunes générations. La fréquentation assidue des fast-foods saborde les heures passées sur la selle à se construire une condition physique d’athlète.










































